LETTRE DES LOFOTEN (78)
(de Trondheim à Reine)
du Mercredi 5 Juillet au Lundi 11 Juillet 2017
Mercredi 5 Juillet. Le baromètre remonte, le beau temps revient avec un ciel clair 6/8. Balthazar s’engage sous le soleil vers le Nordland, la Norvège du Nord, en route pour le cercle polaire arctique. Après être sorti au moteur du Trondheimsfjord un petit vent de NW à WNW nous offre une belle navigation à la voile au près serré, puis bon plein puis petit largue à travers des chapelets d’îles, d’îlots et de récifs du Helgeland. Objectif : Stokksund à une soixantaine de milles de Trondheim.
L’île de Stokkoya s’enfonce comme un coin dans la côte et laisse seulement un étroit passage avec le continent. Au fond de l’angle droit que fait ce passage, abrité derrière des îlots, se blottit dans un site boisé magnifique dans cette lumière du soir qui n’en finit plus une petite marina (64°02’,5N, 10°03’,4 E). Accostage vers 20h à un ponton tout neuf. Des enfants blonds munis de gilets jouent dans leur petit kayak sur ce plan d’eau immobile tant le site est protégé.
Une sympathique maison rouge norvégienne sur pilotis abrite un petit pub. Après cette longue étape nous apprécions une bonne lager à la pression dans une ambiance chaleureuse au milieu des équipages norvégiens des quelques bateaux accostés à côté de Balthazar. Les autres nationalités sont peu représentées sur ces côtes : nous croisons de temps à autre quelques rares suédois ou allemands, quelques très rares français ou britanniques.
Puisque le soleil ne se couche pratiquement plus allons faire une promenade champêtre dans cette campagne fleurant bon la vache et le fumier.
Le lendemain après des courses au village proche nous avons le plaisir rare dans ces contrées de déjeuner dans le cockpit en T shirt car le soleil est chaud et le vent nul.
Avec une population peu nombreuse et un taux de chômage inférieur à 3,5% il faut s’habituer en Norvège à bénéficier de très peu de services car la main d’œuvre est rare et chère. Dans les petites marinas il n’y a personne. On paye sa redevance en glissant dans une boîte dite honesty box les couronnes dans une enveloppe avec le nom du bateau et la date. Pour celle-ci plus moderne qui vient à peine d’ouvrir on paye avec son I-phone à l’aide d’une application qu’une affiche vous demande de charger. Cela est basé sur la confiance et apparemment ça marche.
L’après-midi le temps s’est couvert avec des nuages peu épais laissant percer le soleil par moments. Une navigation compliquée à travers les îles, îlots et récifs de la côte, faite essentiellement au moteur agrémentée d’un peu de voile nous conduit dans le très beau site sauvage de Villa Havn (64°32’,7 N 10°42’,7 E).
Pour le tracé de ces routes compliquées dans l’archipel norvégien le programme Navionics que j’ai chargé sur une tablette est très pratique. Il vous propose un tracé de route optimisé en fonction du tirant d’eau que vous lui demandez. Avec Marines en 2005 la définition détaillée de la route du lendemain me demandait chaque soir près d’une heure de travail car il fallait faire de nombreux aller-retour entre les cartes de détail, indispensables pour voir les dangers, qui se chevauchaient plus ou moins bien et les cartes à plus grande échelle nécessaires pour avoir la vue d’ensemble et ne pas s’égarer dans des fjords en cul de sac. Il faut cependant prendre soin d’examiner la route proposée et la retoucher éventuellement si des ponts ou des câbles sont trop bas pour Balthazar (Navionics prend en compte le tirant d’eau mais ne prend pas en compte le tirant d’air) ou si le passage au milieu de récifs non balisés est trop osé (une erreur de calage de la carte est toujours possible).
Balthazar accède à ce plan d’eau très protégé de Villa Havn en contournant des îlots et se faufilant au milieu de récifs bien marqués par des perches. Dans la lumière du soir, le soleil ayant fini par percer, le site est superbe, dominé par la petite montagne de l’île Villa qu’un mince goulet d’eau de mer sépare de l’île moins haute de Vaersoya. Un unique voilier est mouillé sur un coffre, c’est Ada 2 facilement reconnaissable de loin.
Essai de mouillage infructueux au milieu de la baie, l’ancre chassant sur un fond de roche lisse. Nous allons accoster une plateforme en bois sur pilotis construite sur le granit de l’île Villa, salués par Isabelle Autissier et ses équipiers revenus en zodiac d’une balade et qui nous proposent leur aide pour prendre nos amarres. Décidément il est écrit qu’Ada 2 et Balthazar doivent se rencontrer souvent. Peut-être partageons-nous le goût des navigations hors des chemins battus et des mouillages sauvages.
L’endroit est propice à un barbecue, celui tout préparé et jetable que l’on trouve dans toutes les grandes surfaces norvégiennes : un bac alu léger contient le charbon de bois et son allumeur. Une grille légère recouvre le tout ; il n’y a qu’à craquer une allumette pour le mettre en route. Vendu recouvert d’une enveloppe plastique scellée c’est très propre et facile à stocker dans le bateau. Une demi-heure après les grillades de viande sont prêtes. Evidemment il ne faut pas espérer faire un gigot ou une côte de bœuf épaisse. Pour cela il faut embarquer du charbon de bois et utiliser les gros barbecues existant dans de nombreux endroits. Nous en rencontrons dans presque tous nos mouillages forains comme ici. Après le dîner, dans la paix du soir, nous ne résistons pas au plaisir d’escalader le petit sommet qui nous domine en se frayant un chemin à travers les mousses, les fougères et sur les rochers de granit usés par les glaciers anciens. Superbe panorama éclairé par un soleil qui est presque de minuit maintenant.
Départ relativement tôt le lendemain, Vendredi 7 Juillet. Le temps est splendide. Petit vent de NE frisquet force 3 à 4. L’équipage d’Ada 2 dort encore alors que Balthazar élonge Ada 2 pour leur dire au revoir. Un coup bref de trompe ne les fait pas sortir de leurs couettes. Dommage et bon vent à Ada 2 pour aller faire votre tour du Spitzberg. Je souhaite effectivement franchir avec le flot le long détroit de Rorvik au Nord. En s’attardant il faudrait refouler laborieusement le fort courant de jusant qui s’y précipite alors.
Navigation particulièrement délicate, à la voile puis ou moteur, à travers des tapis de roches pour traverser le golfe de Folda ; il y a intérêt à ne pas prendre un raccourci en loupant une perche, sinon le résultat est garanti. Le passage du Naeroysund, chenal étroit entre les îles de Ytre, Mellom et Indre Vikna, d’une part, et le continent d’autre part, au sein duquel se blottit la ville et le port de Rorvik est très plaisant. Nous y parvenons comme prévu au flot ; poussé par le courant Balthazar avale à bonne vitesse les quelques cinq milles de sa longueur. Vers 15h l’ancre plonge (65°05’,2 N 11°50’,1 E) par fond de 14m au milieu d’une petite baie circulaire fermée par deux môles protégeant l’entrée du petit port de Gutvsikvagen dans le Lekafjord sur l’île d’Austra. Site attrayant et paisible au milieu de prairies et forêts. Il n’est pas nécessaire d’avoir l’odorat aiguisé par un long séjour en mer pour détecter tout de suite une forte odeur de vache. Un petit ferry fait la navette entre le port et l’île de Leka qui lui fait face. Un pêcheur à la canne sort régulièrement du petit ponton où nous accosterons en zodiac de beaux poissons de la taille d’un gros maquereau. Allons nous dégourdir les jambes et faire une marche dans la campagne sur une route de terre et de graviers. Dans le jardin d’une maison deux gamins en maillot de bain jouent au ballon tout en pataugeant dans une petite piscine en plastique. Ils n’ont visiblement pas froid ! Il est vrai qu’ils sont rondouillets.
Samedi 8 Juillet. Bertrand étudie le livre « comment battre Papa aux échecs » (en réalité il craint de se faire battre bientôt par son petit-fils Timothée), Bénédicte prépare sa prochaine chorale en faisant des vocalises dans sa cabine, le capitaine rédige la lettre de Balthazar à la table à cartes. Et voilà comment on s’aperçoit tout d’un coup à hauteur de Bronnoysund que l’on a dépassé Torghatten.
Imaginez un trou de l’ordre d’une vingtaine de mètres de diamètre traversant le centre d’une montagne assez massive et laissant passer la lumière si l’on est à peu près dans son axe. Nous l’avions très bien vu en passant là avec Marines mais cette fois-ci il n’y avait que trois étourdis à bord.
Il était une fois un Troll géant, Hestmannen (l’homme cheval), séduit par une belle ogresse, Lekamoya, alors qu’il l’aperçut se baignant dans la mer avec ses six sœurs. Il décida de l’enlever à minuit (les trolls ne sortent que la nuit bien sûr). Alors qu’il courait au galop vers le Sud les sept sœurs le virent et fuyèrent en courant jusqu’à Alstahaug, où elles se jetèrent à terre épuisées. Alors que Lekamoya fuyait, Hestmannen bande son arc pour lui tirer dessus : s’il ne pouvait pas la posséder, personne ne la possédera se dit-il. Le roi des montagnes, gardien de Lekamoya, dévia la flèche avec son chapeau. L’aube survint, le soleil levant changea le troll en montagne d’Hestmannen et les sept sœurs en les sept collines de l’île d’Alsten au voisinage. Le chapeau percé du roi devint cette légendaire montagne et curiosité naturelle de Torghatten.
Après une première moitié de cette longue étape d’une soixantaine de milles parcourue au moteur par un soleil pâlot une petite brise d’Ouest force 2 à 3 se lève, suffisante pour faire avancer Balthazar au petit largue à 4,5 nœuds. Bonheur de retrouver le plaisir de la voile dans cette progression en silence, le bateau faiblement gîté glissant sur une eau plate. Un soleil chaud s’est installé même si l’air reste frais.
Au Nord de Bronnoysund le paysage devient grandiose. Les montagnes s’élèvent et deviennent omniprésentes alors que la neige descend de plus en plus bas vers l’eau. La petite brise devient légère brise en soirée nous offrant une trentaine de milles plus loin une arrivée tout en douceur devant l’île basse et verdoyante d’Hjartoya. Un passage étroit avec un seuil de faible profondeur à l’eau turquoise se découvre au dernier moment nous permettant de pénétrer dans un lac intérieur presque complètement fermé. Un seul autre voilier s’y trouve. Mouillage par une quinzaine de mètres de fond par 66°00’,3 N et 12°24’,2 E. Nous nous trouvons en pleine nature, avec les sept sœurs (sept hautes montagnes pointues) dominant le fond du paysage, dans une île seulement habitée par quelques moutons. Après le dîner, débarquement en zodiac pour leur rendre visite en allant marcher sur des tapis de mousses épaisses d’une vingtaine de cm qui s’enfoncent en douceur sous nos pas. Un panneau délavé nous apprend que ce site était habité par des Vikings et que quelques anciennes ruines et tombes s’y trouvent. L’île est très peu fréquentée ; aucune trace de sentier sauf les traces étroites des moutons à demi sauvages que nous faisons fuir. Nous devons renoncer à rechercher ces ruines Vikings perdues au milieu de cette végétation d’arbustes, mousses et bruyères. Sur un rocher un aigle des mers nous observe puis déploie ses ailes de grande envergure pour nous survoler.
Dimanche 9 Juillet. Appareillage à 8h30 sous la pluie. Nous quittons à regrets ce très beau mouillage.
Tiens au détour de notre route qui se poursuit toujours entre des îles surgit, sur un îlot désolé, une grande mappemonde en cercles d’aciers figurant la terre, ses parallèles, ses méridiens et son axe Nord, Sud de rotation incliné. Un parallèle épais représente le cercle polaire arctique que nous franchissons maintenant par 66°34’.
Féru d’astrophysique et de l’observation du ciel Bertrand, aidé par un petit livre de cosmographie qu’il a donné à la bibliothèque du bord, nous rappelle que se faire photographier en franchissant le cercle polaire n’est pas une opération à la portée de tout le monde. Aussi il nous fait une piqûre de rappel :
- nous savons que la terre tourne comme une toupie dont l’axe de rotation tourne lentement (en 25700 ans) en décrivant un cône de révolution de demi angle au sommet égal à l’obliquité de l’écliptique soit actuellement 23°26’ (l’obliquité de l’écliptique est l’angle d’inclinaison de l’équateur terrestre par rapport au plan de l’écliptique, plan de la trajectoire décrite par la Terre autour du Soleil). C’est ce que l’on appelle la précession des équinoxes.
- or l’obliquité de l’écliptique décroît d’environ 1’ par siècle ce qui veut dire qu’il faudrait déplacer le monument que nous doublons de 1852m ou un mille chaque siècle
- mais, ce serait trop simple, l’axe de rotation de la terre perturbée par la lune, décrit des festons autour de la position moyenne ; c’est ce qu’on appelle la nutation de l’axe de la Terre). Une des conséquences est que le cercle polaire oscille de 284m à la surface terrestre.
Nous concluons de tout cela que pour arroser ce franchissement à coup sûr il nous faut osciller largement ! C’est ce que nous faisons après avoir significativement dépassé le monument dont nous ignorons la date d’érection.
Nous voilà donc au pays du soleil de minuit. Il y a quelques jours, le 21 Juin, au solstice d’été, le soleil descendait très lentement, presque horizontalement, tangentait la mer plein Nord puis remontait tout aussi lentement, le lever coïncidant avec le coucher. Aujourd’hui le soleil a recommencé à baisser et il se couche quelques minutes. Mais dès l’arrivée à notre étape de Bolga plus au Nord nous aurons compensé cela et le soleil ne se couchera plus.
Pour dormir correctement nous sommes obligés, tout au moins la plupart d’entre nous que la lumière réveille, de fermer tous les rideaux du carré, des cabines bien sûr (les cabines étant de petit volume la plupart d’entre nous dormons les portes ouvertes) mais aussi du grand panneau de la descente. Pour celui-là l’habile Maurice a confectionné dans un tissus opaque cousu aux bonnes dimensions un rideau roulé sur une baguette de bois qui s’insère par l’extérieur dans le redent du logement du panneau et est tendu par un crochet monté sur un solide élastique accroché sous la poignée du panneau de descente. Pas un millimètre de jour dans ce montage impeccable et rapide à installer. Pour parfaire le tout Maurice le soigneux a découpé un tube de PVC laqué en blanc fermé par un opercule de contreplaqué vernis du meilleur effet et ajouré pour stocker aisément ce rideau. Il s’est ainsi conservé comme neuf depuis notre virée en Antarctique en Janvier 2011 pour laquelle il l’avait confectionné. Encore merci Maurice pour ce beau travail. Albertine qui couchait dans le carré l’a bien apprécié alors que les nuits étaient déjà très courtes entre Bergen et Alesund.
Le guide nautique nous indique que depuis des générations la côte de la région de Bolga jusqu’à la montagne de Stott, sur la route de Bodo, est connue sous le nom de « den Stille Fjerdingen », le district calme à cause de ses nombreux jours sans vent. C’est ce que nous expérimentons malheureusement en parcourant toute notre étape au moteur. A la voile nous avons le plaisir d’avancer dans le silence, de bien régler fréquemment avec les écoutes ses voiles pour leur donner à l’aide des différentes faveurs (minces rubans de couleur cousues sur les cordes de l’arcure et sur les chutes) visualisant l’écoulement de l’air la forme aérodynamique la plus efficace suivant l’allure et la force du vent, Tiens, les faveurs de la chute passent sous le vent au lieu de rester tangentes à la courbure de la voile, à choquer l’écoute trop bordée, tient les faveurs des cordes de la Grand’Voile frétillent, l’écoulement de l’air est turbulent, à border l’écoute pour rendre l’écoulement laminaire, les faveurs satisfaites redeviennent immobiles et bien tendues, tient on gîte trop, le bateau devient très ardent et ralentit en se vautrant, à réduire la surface de voilure en prenant des ris, à descendre le chariot d’écoute sous le vent, tiens le haut de la chute du génois déverse, à avancer le chariot d’écoute de génois, tiens la GV dévente le génois plein vent arrière, à gréer le spi, à surveiller la larme de son bord d’attaque, tiens le solent… etc..etc.. En course les écoutes ne sont jamais tournées et on entend constamment le cliquetis des winchs manipulés par les régleurs. En croisière on est plus cool mais on surveille quand même constamment ces voiles infatigables qui font avancer le canote sur des milliers de milles. Souvent quelques centimètres d’écoute en plus ou en moins font gagner ou perdre un nœud de vitesse. Après cela ne soyez pas surpris qu’une étape de 60 milles nous paraisse courte et intéressante à la voile et longue et monotone au moteur. Il faut alors s’évader dans un bouquin ou un Sudoku en surveillant sa route quand même. Les équipages des bateaux à moteur, de plus en plus nombreux, ne savent pas ce qu’ils perdent.
Balthazar fait son entrée dans le petit port de Bolga et accoste à l’extrémité du ponton d’accueil (gvesthavn) devant une rangée de petites maisons rouges toutes neuves construites sur pilotis suivant le modèle des anciennes petites maisons des pêcheurs à la morue, les rorbuer. Il s’agit d’un club recevant les accros de la pêche. Dans l’une d’entre elles s’affairent une dizaine de tchèques venus ici en caravane avec tout leur attirail. Une dizaine de grosses caisses, pêche de la journée, sont remplies à ras bord de cabillauds, maquereaux et autres poissons qu’ils vident dans la salle grande ouverte aménagée pour ce travail : étals, gros éviers, carrelages, jets d’eau…10 caisses d’une vingtaine de kilos chacune représentant la prise de la journée, au bout de cinq jours ils ont pêché de l’ordre d’une tonne de poisson dans ces eaux poissonneuses ! Visiblement ils s’apprêtent à les congeler dans la maison d’à côté pour les ramener au pays en se payant ainsi largement leur voyage.
Petite balade à pied au milieu des champs et des maisons toujours soignées entourées de leurs jardins fleuris et bien tondus.
Lundi 10/7. L’Hurtigruten Balthazar est arrivé vers 15h à Bodo, à l’heure pour embarquer André et Claude qui atterrissent comme prévu à 17h sur le petit aéroport voisin situé à 10mn à pied du ponton.
Après le Ti’punch d’accueil accompagné de guacamole le nouvel équipage fête les retrouvailles dans un restaurant proche du port.
Le lendemain matin, tandis que Bertrand participe à bord en téléconférence à une réunion liée à son activité de consultant en opérations immobilières, nous faisons des courses. Cela nous fait tout drôle de retrouver une ville, des feux rouges, des magasins, des immeubles, des galeries marchandes, des grandes surfaces.. Curieusement en Norvège on trouve partout des fraises juteuses, délicieuses, produites ici. Nous nous en gavons. Par contre, aussi curieusement, la charcuterie est misérable et les gigots introuvables. Heureusement chaque équipier qui embarque ici amène une paire de bons saucissons de chez nous ! Et j’espère que Jean-Jacques nous amènera des tranches de jambon cru de l’excellent charcutier de Plampinet, village de la merveilleuse vallée de la Clarée (Névache, près de Briançon).
Appareillage l’après-midi pour la traversée d’une cinquantaine de milles du Vestfjord séparant les îles Lofoten du continent. Après un joli départ à la voile au près sur une mer plate par un petit Nordet, le vent tombe et l’essentiel de la traversée est fait à l’aide de la risée Perkins.
L’arrivée à Reine, sur l’île Moskenesoy, est éblouissante au sens propre. La couverture nuageuse s’arrête sur la ligne de crête de la superbe chaîne de montagnes parsemées de névés des îles Lofoten. Au-delà des montagnes le ciel est d’un bleu très lumineux mettant en valeur par le fort contraste cette skyline magnifique. Il est 23h, le soleil se trouve précisément dans la profonde échancrure dans laquelle se trouve le petit port de Reine vers lequel nous nous dirigeons. Il brille, nous éblouit et nous guide tout droit vers notre hâvre. Arrivée dans un des plus beaux sites de Norvège ; sur un promontoire rocheux abritant l’entrée du port des séchoirs en bois d’une dizaine mètres de hauteur s’étalent où sèchent des dizaines de milliers (Bertrand ira les photographier et en comptera près de 200.000 sur les longs séchoirs !) de têtes de morues. Après avoir contourné ce promontoire Balthazar pénètre dans une première baie fermée par des îlots. Une porte étroite entre deux bouées débordant des petits promontoires rocheux fait pénétrer Balthazar dans une seconde petite baie complètement protégée. Une belle paroi la domine en s’élevant de près de 600m. Des névés s’agrippent ça et là. Seul un petit ponton auquel on accède en contournant des perches signalant des écueils permet d’accoster à couple d’un voilier anglais. Au bout du ponton sur la presqu’île les maisons du village de pêcheurs se pressent. A nous les Lofoten.
Aux parents et ami(e)s qui nous font la gentillesse de s’intéresser à nos aventures nautiques à travers ce carnet de voyages.
Pour lire d’autres lettres de Balthazar ou voir des photos et documents visitez le site de Balthazar artimon1.free.fr
Equipage de Balthazar :
Le capitaine, Bertrand et Bénédicte (Duzan), Claude (Carrière), André (Van Gaver)